« Un livre dans lequel on peut pas faire confiance au narrateur »

A book with an unreliable narrator

Il était une fois... un livre qui aurait dû relater l’histoire du théâtre en Estonie pour finalement devenir un court roman étrangement beau, drôle et poétique.
le-papillon-2

Et grand bien en a pris l’auteur, Andrus Kivirähk, « le plus fascinant [des] jeunes écrivains estoniens » comme le souligne si modestement sa notice Wikipédia.
Remarquez, je serais bien en peine de vous dire le contraire, mes connaissances en littérature estonienne sont très limitées, alors que pourtant il semblerait y avoir de quoi en faire un reading challenge pour 2018.

Mais revenons-en au livre et à son narrateur
« Et si vous voulez le savoir, je vous ai déjà raconté pas mal de salades depuis le début de cette histoire  »
Ne vous inquiétez pas, je ne vous dévoile rien puisque le spectre de celui qui fut August, le narrateur donc, nous assène cette phrase dès la  page 28.
Au hasard d’une rencontre, August, modeste ouvrier estonien se mue en acteur et intègre la troupe du théâtre de l’Estonia.
La première guerre mondiale est sur le point d’éclater, mais rien ne saurait arrêter la loufoquerie et la créativité de la troupe. Surtout depuis l’arrivée d’Erika, le papillon, celle qui sera le grand amour d’August (non, ne levez pas les yeux au ciel : c’est écrit sur la quatrième de couverture).
Peut-être que si, peut-être que cet étrange et effrayant chien gris qui rôde autour du théâtre fera basculer les choses. Peut-être essaye-t-il d’empêcher le peuple estonien, si prompt à venir voir les pièces, de vivre des instants où la mort et la guerre n’ont plus de prise sur eux.
Alors peut-on en vouloir à August de nous raconter « des salades » ?
Son spectre nous conte une histoire, son histoire, assez tragique, d’une manière douce, mélancolique mais jamais triste.
Tant pis pour les menteries. Tant pis si nous sommes devenus « ridicules » en y croyant un peu. Nous voilà, nous aussi à la place des spectateurs, venus célébrer l’amour, la joie quand le monde réel sombre dans le chaos.
Et puis bon sang, un peu de légèreté ne peut pas faire de mal en ce moment.

Le papillon/ Andrus Kivirähk. Trad par Jean Pascal Ollivery. Ed. Le tripode.

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