C’est bon de rire parfois

Il était une fois.. une pauvre petite grenouille tout déprimée parce qu’elle avait mal aux oreilles.
Je ne sais pas si vous avez déjà eu mal aux oreilles, mais, si c’est le cas, vous comprendrez aisément pourquoi la petite grenouille a l’air de porter tous les malheurs du monde sur ses frêles épaules de petite grenouille.
Sinon, tant mieux pour vous, comme vous pourrez le constater en regardant la tête de cette petite grenouille qui a41xqlhuH2GL._SX258_BO1,204,203,200_ (toujours) l’air de porter tous les malheurs du monde sur ses frêles épaules de petite grenouille.

Et que fait-on quand on est une petite grenouille et qu’on a mal aux oreilles (surtout, n’hésitez pas à me le dire si je suis répétitive) ?
Et bien, on va chez le médecin. Qui la renvoie chez le spécialiste qui la renvoie chez le grenouillo-oreilliste qui la renvoie vers le pédiatro-batraciologue qui bien sûr va la renvoyer vers un autre spécialiste.
Cela aurait pu ne plus en finir, s’il n’y avait pas eu papy Roger, rencontré au hasard d’un chemin.
« Woaw, c’est génial ! Je suis guéri ! Je n’ai plus mal aux oreilles »

Entre le dessin et le texte de Voutch, cet album est un véritable moment de plaisir de lecture à voix haute, un moment d’éclat de rire partagé par les adultes et les enfants.
On retrouve dans l’album tout le décalage entre les personnages très sérieux des dessins et le texte, ce  qui constitue ce que je nomme très pompeusement « la patte de Voutch » (expression à décliner n’importe comment avec n’importe qui, je vous le concède).

Voutch n’est pas, au départ, un auteur de littérature jeunesse. Si l’on en croit sa fiche Wikipedia, Olivier  Vouktchevitch fut d’abord « publicitaire » avant de s’intéresser au dessin humoristique. Et grand bien lui a pris de changer de profession.
Il est fort possible que vous ayez vu passer ses dessins soit dans Télérama ou Lire ou Madame Figaro ou  Le point ou Playboy ou Lui.
Oui, hum,bon, vous n’êtes pas obligé de répondre, chacun.e ses lectures, hein, hum. Bref.
Quoiqu’il en soit, si vous ne connaissiez pas, je vous invite à découvrir quelques unes de ses œuvres sur son site, vous m’en direz des nouvelles comme le dit ma boulangère.

Et parce que c’est bon de rire parfois (comprenne qui pourra) et si vous voulez savoir comment Papy Roger a soigné les oreilles sa petite grenouille… vous savez quoi faire… Il y a bien une bibliothèque ou une librairie pas loin de chez vous !

La petite grenouille qui avait mal aux oreilles/Voutch. Ed Circonflexe. 12 €

« Un livre d’un auteur originaire d’un pays que vous n’avez jamais visité »

« A book by an author from a country you’ve never visited »

Il était une fois... un livre offert par un ami, il y a de cela quelques années. Cet ami-là avait vécu à Haïti pendant un an et demi en tant que salarié pour une ONG, un peu avant le séisme.  Il est revenu avec des images terribles et semblait en avoir fini avec ses illusions sur les « bienfaits » de ces dites ONG. Mais il est aussi revenu avec sa connaissance du créole qu’il avait un peu appris, ses découvertes littéraires, culturelles, ses amitiés liées au cours de son séjour..
Il a pris un immense plaisir à nous faire cadeau du « Gouverneur de la rosée » de Jacques Roumain, un sublime classique de la littérature haïtienne.

Et ce fut ce cadeau-là qui m’amena à m’intéresser à l’histoire d’Haïti et à lire deux de ses « auteurs phares » (et me faisant la promesse d’en découvrir d’autres) et ô combien différents : Dany Lafferière et Lyonel Trouillot.
Je n’ai rien contre le premier, mais ma préférence va nettement au second.
Dans chaque roman, il y a cette sensation d’être avec le narrateur, tout à côté de lui, nous tenant la main, nous faisant découvrir son monde, tel qu’il est.

kannjawou Dans Kannjawou, le narrateur, « le scribe »  décrit la vie de son quartier, quartier populaire, celui de la rue de l’Enterrement.
Il y parle surtout de 5 enfants, dont lui-même, qui devenus adultes s’épuisent dans leur lutte à reconquérir leur île, leur identité, leur pays, leur vie, dans les mêmes combats menés par leurs aîné.es qui eux ont aussi échoué.

«Peut-être n’y a-t-il rien de pire que d’atteindre l’âge adulte dans une ville occupée. Tout ce qu’on fait renvoie à cette réalité. L’amitié a besoin d’un fond de dignité, quelque chose comme une cause commune. Nous avons perdu ce bien commun, toujours virtuel, qui s’appelle l’avenir. Nous sommes dans un présent dont nous ne sommes pas les maîtres. Chaque uniforme, chaque démarche administrative que nous devons entreprendre, chaque bulletin de nouvelles, tout nous rappelle à notre condition de subalternes.» 

Kannjawou est un mot créole signifiant fête, partage. C’est aussi le nom du bar dans lequel les expatriés.es pensent se mêler aux haïtiens.ennes, alors qu’en réalité, ils ne font que perpétuer leur entre-soi, dégoulinant de clichés, prolongeant malgré eux (?) une forme de colonialisme.

Ici pas d’exotisme, pas de reportage réalité : Lyonel Trouillot nous fait vivre grâce à son écriture poétique ce qui habite les personnages.
Et même si la mélancolie qui émane du livre est contagieuse, il est absolument nécessaire de le lire si l’on veut comprendre, un peu, ce qu’est Haïti aujourd’hui.

Kannjawou/Lyonel Trouillot. Actes Sud. 18 €

Il est des tragédies…

Il était une fois… des livres de jeunesse qui trompent un peu leur public.
Et bien oui, si on en croit un sondage mené par l’institut raconteuse de livres auprès d’au moins 5 personnes, les livres pour ados devraient se résumer à « des trucs de fantasy avec des vampires en trois, voire quatre volumes où les héroïnes renversent les sociétés ».

 Hum.

Sauf que « Le sel de nos larmes » de Ruta Sepetys échappe à cette vision un tantinet réducteur de ce qu’est la littérature à destination des adolescent(e)s.

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Mais où est le titre ?

En 1945, quatre adolescents presque adultes, essayent tant bien que mal de partir vers la mer Baltique pour échapper à l’avancée des troupes soviétiques. Quatre voix parlant de la fuite, de l’horreur, des humiliations subies et bien pire encore..
Il y a Joana, Florian, Emilia et Alfred. Les trois premiers sont lituaniens, prusses, polonais. Le dernier est allemand. Et c’est l’espoir de s’échapper, lors de l’évacuation générale qui va les réunir. Cet espoir est incarné notamment par cet ancien bateau dédié aux croisières : le Wilhelm Gustloff.
Oui mais… le Wilhem Gustloff est la pire tragédie maritime qui a existé. Bien pire que le Titanic : son torpillage par l’armée russe fera entre 7000 et 9000 morts. 
Non, ce n’est pas l’histoire de Rose et Jack, ce n’est pas un ersatz du film de Cameron qui aurait été adapté en roman, et donc pas de Céline Dion en vue. C’est un roman historique (l’auteure insiste bien sur le terme « roman » dans sa postface) qui se nourrit d’une terrible histoire réelle.
Ruta Sepetys a longuement et patiemment réunit des documents, a rencontré des témoins directs ou indirects de cette époque et c’est sans doute pour cela, par le réalisme des descriptions,  que l’on est très vite pris dans le même tourment que ses personnages.
J’avoue avoir un peu râlé à l’idée de lire encore un « roman choral »(à plusieurs voix), mais il fallait bien cela, plusieurs yeux, plusieurs histoires pour nous faire entrevoir ce qui se passait de ce côté-là de la guerre.
Pour tout dire, j’ai même levé les yeux en lisant la quatrième de couverture sur laquelle il est indiqué que ce roman parle d’une « vibrante histoire d’amour, de courage et d’amitié« .
C’est le genre d’accroche qui me fait fuir. Peut-être parce que cela fait trop longtemps que je ne suis plus adolescente ?
Peut-être que l’auteure en fait un peu trop dans le côté romance-pathos-horreur, peut-être. Il n’empêche. Cela passe bien pour le genre.

Et puis, ça change des vampires sexy.

Le sel de nos larmes/Ruta Sepetys, trad par Bee Formentelli. Ed Gallimard.16.50 €
A partir de 13 ans (selon l’éditeur, je dirais pour ma part, à partir de 15 ans au vu des scènes décrites, tout dépend de l’ado et de vous, si vous êtes plutôt du genre Captain Fantastic ou non !)

Une histoire et au dodo !

Il était une fois… une raconteuse de livres qui se promenait dans une librairie et qui tomba en presque pâmoison devant cette belle couverture :

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Alors, cette raconteuse de livre feuilleta l’album et décida de se l’offrir. Parce qu’elle a été conquise par cette petite Miyuki qui n’a pas très envie d’aller dormir : il y a tant et tant encore à faire et à voir avant d’aller se coucher. Il faut s’occuper du potager, réunir la famille escargot , mettre une belle couverture chaude au chat..
Grand-Père aura bien du mal à lui faire entendre raison !

« Miyuki, le travail est terminé.. »

L’histoire est écrite à la façon d’un, comme on dit dans le « jargon professionnel », conte – randonnée. On retrouve une sorte de refrain, une structure répétitive qui, ici, est exprimée par le Grand-Père quand il veut faire comprendre à Miyuki qu’il est l’heure d’aller dormir.
Un peu comme, mais pas tout à fait, dans le très classique « La chasse à l’ours » d’Helen Oxenbury ou encore dans le encore plus classique « L’oiseau de la cascade » de Blaise Cendrars qui sont, il faut le dire, un peu mes favoris dans le genre.
ll y en a pléthore (« Quel radis, dis donc ! »/ »La Moufle ») mais ce n’est pas tellement le moment de vous en faire une liste exhaustive, non ?

La poésie du texte de Roxane Marie Galliez est parfaitement soulignée par les dessins de Seng Soun Ratanavanh. Dans les deux cas, on y lit et voit l’espièglerie de Miyuki et la très grande patience de Grand-Père.
Oui, c’est un livre à destination des enfants, mais que les adultes ne boudent pas leur plaisir !
Et un peu de poésie avant de dormir, ça peut pas faire de mal…

Au lit Miyuki/Roxanne Marie Galliez- Seng Soun Ratanavanh- Ed. De La Martinière Jeunesse, 13.90 €
Pour les enfants de 5 à 9 ans !