« Un livre d’un auteur originaire d’un pays que vous n’avez jamais visité »

« A book by an author from a country you’ve never visited »

Il était une fois... un livre offert par un ami, il y a de cela quelques années. Cet ami-là avait vécu à Haïti pendant un an et demi en tant que salarié pour une ONG, un peu avant le séisme.  Il est revenu avec des images terribles et semblait en avoir fini avec ses illusions sur les « bienfaits » de ces dites ONG. Mais il est aussi revenu avec sa connaissance du créole qu’il avait un peu appris, ses découvertes littéraires, culturelles, ses amitiés liées au cours de son séjour..
Il a pris un immense plaisir à nous faire cadeau du « Gouverneur de la rosée » de Jacques Roumain, un sublime classique de la littérature haïtienne.

Et ce fut ce cadeau-là qui m’amena à m’intéresser à l’histoire d’Haïti et à lire deux de ses « auteurs phares » (et me faisant la promesse d’en découvrir d’autres) et ô combien différents : Dany Lafferière et Lyonel Trouillot.
Je n’ai rien contre le premier, mais ma préférence va nettement au second.
Dans chaque roman, il y a cette sensation d’être avec le narrateur, tout à côté de lui, nous tenant la main, nous faisant découvrir son monde, tel qu’il est.

kannjawou Dans Kannjawou, le narrateur, « le scribe »  décrit la vie de son quartier, quartier populaire, celui de la rue de l’Enterrement.
Il y parle surtout de 5 enfants, dont lui-même, qui devenus adultes s’épuisent dans leur lutte à reconquérir leur île, leur identité, leur pays, leur vie, dans les mêmes combats menés par leurs aîné.es qui eux ont aussi échoué.

«Peut-être n’y a-t-il rien de pire que d’atteindre l’âge adulte dans une ville occupée. Tout ce qu’on fait renvoie à cette réalité. L’amitié a besoin d’un fond de dignité, quelque chose comme une cause commune. Nous avons perdu ce bien commun, toujours virtuel, qui s’appelle l’avenir. Nous sommes dans un présent dont nous ne sommes pas les maîtres. Chaque uniforme, chaque démarche administrative que nous devons entreprendre, chaque bulletin de nouvelles, tout nous rappelle à notre condition de subalternes.» 

Kannjawou est un mot créole signifiant fête, partage. C’est aussi le nom du bar dans lequel les expatriés.es pensent se mêler aux haïtiens.ennes, alors qu’en réalité, ils ne font que perpétuer leur entre-soi, dégoulinant de clichés, prolongeant malgré eux (?) une forme de colonialisme.

Ici pas d’exotisme, pas de reportage réalité : Lyonel Trouillot nous fait vivre grâce à son écriture poétique ce qui habite les personnages.
Et même si la mélancolie qui émane du livre est contagieuse, il est absolument nécessaire de le lire si l’on veut comprendre, un peu, ce qu’est Haïti aujourd’hui.

Kannjawou/Lyonel Trouillot. Actes Sud. 18 €

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