Lecture at the beach I : c’est dur d’être un héros

Il était une fois.. une raconteuse de livres qui sentait comme tout le monde que l’été était bien là (quelle surprise) et qu’allait commencer la saison des fameuses « lectures de plage » (même pour celles et ceux qui ne vont pas à la plage, vous noterez au passage).
Autrement dit un livre divertissant, frais et léger qui nous ferait oublier les grosses chaleurs, la radio des voisins qui déverse une musique que vous avez du mal à reconnaitre, les enfants qui passent à côté de vous en courant et vous mettant tout plein de sable et d’eau sur votre si attendue… lecture de plage.
Si vous n’êtes pas étendu.e sur cette immense terre jaune et granuleuse, bercé.e par le doux bruit de la radio des voisins qui déverse une mu.. enfin, bref,  peu importe où vous trouvez, c’est l’été, les vacances et en vacances on veut de la lecture détente.
Très bien, puisque c’est comme cela, je vais vous en donner de la lecture détente.

Et on va commencer tout de suite par toi ô grand amateur/grande amatrice de comics qui aurait par hasard envie de lire un des romans qui semble avoir changer la donne dans le monde des super-héros.

Vous le voyez bien le super-héros ? Celui qui a pris un peu de ventre ?
Superman ? Perdu.
C’est.. David Brinkley. Dans son monde, les superhéros ont péri ou se sont retranchés dans des maisons de retraite.
Lui-même, après avoir sauvé la Terre un nombre de fois incalculable, a senti ses pouvoirs fléchir et s’est résolu à devenir un homme rangé avec femme, enfants et vie pavillonnaire dans une banlieue de New York.
Mais évidemment, l’actualité va le rattraper : la Big Apple est en proie au chaos. Il devra enfiler de nouveau son costume, après l’avoir fait réajuster chez Max Givenchy le tailleur des super-héros, et apprivoiser ce qui lui reste des ses super-pouvoirs (c’est à dire pas grand chose).

Raconté comme cela, on peut se dire « mouiiiii, c’est du déjà-vu » (quand on est fan de comics, s’entend). Sauf que… « Superfolk » (titre original) a été écrit en 1977 et a influencé des Alan Moore, Stan Lee, Neil Gaiman..  Comme l’explique très bien Grant Morrison dans sa préface, ce n’est pas tant le style qui est captivant (non vraiment pas) mais plutôt cette idée, en 1977, que les super-héros peuvent vieillir et faillir. Être plus « humains », désabusés aussi, cynique parfois.
On ne parle plus d’un petit gars faible qui devient superpuissant. On rencontre un superpuissant qui est devenu si normal. On passe de l’autre côté du miroir et c’était  novateur.
Dans cette parodie assez drôle de Superman, Robert Mayer (ancien journaliste) nous fait aussi découvrir cette Amérique post-Watergate, en proie à ses désillusions.

Il aura fallu attendre quarante ans pour qu’une maison d’édition, « Aux forges de Vulcains » (qui vient d’ailleurs de sortir un texte d’Ursula LeGuin dont je vous parlerais plus tard) fasse traduire dans notre langue ce mythique roman.

Si nous n’aimez pas les comics et l’humour parfois potache, passez votre chemin. On ne peut pas dire que le style rattrape le tout, non pas qu’il soit mauvais, mais il  est somme toute assez banal. Et puis les renvois en fin d’ouvrage peuvent s’avérer un peu exaspérants : je comprends bien que le traducteur n’ait pas voulu que l’on perde une miette des références sous-entendues par l’auteur et qui nous échappe à nous autres européens,  mais à mon humble avis il n’est pas nécessaire d’y avoir recours systématiquement pour apprécier le roman (même si ces renvois sont dans le ton du roman, potache et drôle).

On ne peut pas dire que je sois une grande fan de comics, cela dit, j’aime en lire à l’occasion. Et c’est exactement ce que j’ai fait en me plongeant dans « Supernormal ». Ce roman « fait la job » mais il est probable qu’il ne la fera que pour les lecteurs/trices de ce genre et plutôt adultes.
Je vais laisser Grant Morrison conclure, il le fera bien mieux que moi :
« Vous entendez peut-être parler de ce livre depuis des années et vous avez finalement réussi à vous en procurer un exemplaire. Vous l’avez peut-être acheté par hasard, parce qu’il avait l’air intéressant […] Peu importe, je m’en fiche. Soyez les bienvenus dans ce qui était autrefois un cercle très fermé. Jetez un petit coup d’oeil, découvrez, explorez à votre guise. Je vous préviens, il y a du cul.
Bonne lecture »

Supernormal/Robert Mayer, trad par Francis Guévremont. Ed Aux Forges de Vulcain. 21 euros

 

 

Un livre dont le genre vous est inconnu

A book from a genre/subgenre that you’ve never heard of

Il était une fois... une animation qui amena la raconteuse de livre à se documenter sur les écrits ayant pour thème le jardin.
Et il y en a pléthore ! Des poèmes, des chansons, des romans, des fables.
La raconteuse de livres que je suis a eu du mal à faire le tri :  que prendre pour la balade contée ? Que lire dans les 30 minutes qui me sont imparties ? Comment lire les textes, les lier ? Dans quel ordre ?
Questionnements après questionnements, lectures après relectures, tout s’est finalement mis en place. Jusqu’à ce que je tombe sur cet ouvrage :

L-annee-du-jardinier

Karel Capek, écrivain majeur de la littérature tchèque, à qui l’on doit notamment la création du mot robot, a pris sa plume pour nous faire partager, mois après mois, ses considérations sur la condition du jardinier et de la vie du jardin.
Ce n’est pas un roman, mais plutôt un recueil de textes comiques rassemblés comme le sont parfois les almanachs, entre célébration du jardinage et douce moquerie de la posture de celui ou celle qui prétend dompter la nature.

« L’homme jardinier est indubitablement un produit de la civilisation et pas du tout de l’évolution naturelle. S’il avait été produit par la nature, il serait fait tout différemment; il aurait des jambes de scarabée afin de n’être point obligé de s’asseoir à croupetons et il aurait des ailes, d’abord parce que c’est plus joli et, en second lieu, pour pouvoir s’élever au-dessus de ses plates-bandes »

Capek évoque le jardinier du début du XXe siècle, plutôt citadin, plutôt horticulteur et assez fortuné. Il ne reste pas moins que quiconque a tenté un jour faire un potager s’y retrouvera forcément
Un ouvrage à feuilleter, à prendre de ci, de là, à picorer..
Et qu’il a bien fallu intégrer à la balade contée. Un écrivain tchèque au milieu de Zola, La Fontaine et Noailles… C’était un défi et je vais le relever demain et après demain !

On se dit donc à bientôt ?

L’année du jardinier/ Karel Capek, illustré par Josef Capek, traduit par Joseph Gagnaire. Ed 10/18. 6 €