Un livre dont le genre vous est inconnu

A book from a genre/subgenre that you’ve never heard of

Il était une fois... une animation qui amena la raconteuse de livre à se documenter sur les écrits ayant pour thème le jardin.
Et il y en a pléthore ! Des poèmes, des chansons, des romans, des fables.
La raconteuse de livres que je suis a eu du mal à faire le tri :  que prendre pour la balade contée ? Que lire dans les 30 minutes qui me sont imparties ? Comment lire les textes, les lier ? Dans quel ordre ?
Questionnements après questionnements, lectures après relectures, tout s’est finalement mis en place. Jusqu’à ce que je tombe sur cet ouvrage :

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Karel Capek, écrivain majeur de la littérature tchèque, à qui l’on doit notamment la création du mot robot, a pris sa plume pour nous faire partager, mois après mois, ses considérations sur la condition du jardinier et de la vie du jardin.
Ce n’est pas un roman, mais plutôt un recueil de textes comiques rassemblés comme le sont parfois les almanachs, entre célébration du jardinage et douce moquerie de la posture de celui ou celle qui prétend dompter la nature.

« L’homme jardinier est indubitablement un produit de la civilisation et pas du tout de l’évolution naturelle. S’il avait été produit par la nature, il serait fait tout différemment; il aurait des jambes de scarabée afin de n’être point obligé de s’asseoir à croupetons et il aurait des ailes, d’abord parce que c’est plus joli et, en second lieu, pour pouvoir s’élever au-dessus de ses plates-bandes »

Capek évoque le jardinier du début du XXe siècle, plutôt citadin, plutôt horticulteur et assez fortuné. Il ne reste pas moins que quiconque a tenté un jour faire un potager s’y retrouvera forcément
Un ouvrage à feuilleter, à prendre de ci, de là, à picorer..
Et qu’il a bien fallu intégrer à la balade contée. Un écrivain tchèque au milieu de Zola, La Fontaine et Noailles… C’était un défi et je vais le relever demain et après demain !

On se dit donc à bientôt ?

L’année du jardinier/ Karel Capek, illustré par Josef Capek, traduit par Joseph Gagnaire. Ed 10/18. 6 €

« En retard, toujours en retard » ou le livre écrit d’une perspective autre que celle d’un être humain

 » A book from a non-human perspective »

Il était une fois... une raconteuse de livre qui trouvait cela assez incroyable d’avoir une tasse à l’effigie de Peter Rabbit dans une main et le roman « Watership Down » dans l’autre.
Ce qui pourrait paraître incroyable, c’est surtout de tenir dans une seule main le roman de Richard Adams (538 pages, tout de même).
J’ai eu vite fait de poser ma tasse, avec beaucoup de délicatesse, croyez-moi. C’est que j’y tiens à cette tasse, non pas parce que c’est une tasse Wedgwood qui vaut la peau des fesses mais plutôt parce que c’est une tasse qui me vient de ma mémé, dont  la panoplie de vaisselle-Peter-Rabbit-de-chez-Wedgwood était de sortie à chaque fois que ses petits-enfants lui rendaient visite.

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Cette panoplie ci-contre dont je suis, aujourd’hui, l’héritière, donc.
Je m’égare.
Comme vous ne lisez pas ce blog pour tout connaître du monde merveilleux de la vaisselle ni celui de ma fantastique enfance, revenons-en à nos lapins, en l’occurrence « Watership Down ». 

Paru en 1972, en Angleterre, ce roman a fait passer Richard Adams du statut « de premier assistant du ministre du logement » à écrivain à temps plein.
Il s’est vendu, en un an,  un million d’exemplaires de ce livre qui est devenu depuis l’un des classiques de la littérature anglophone.
Pas mal pour une histoire de lapins, non ?  Tout commence le jour où Fyveer a un terrible pressentiment : la garenne dans laquelle il vit en compagnie de son frère Hazel, va être détruite. Il faut donc fuir au plus vite, quitte à se passer de l’autorisation de leur maître. Luttant contre leur nature si casanière et si craintive, quelques lapins acceptent cependant d’accompagner les deux frères dans leur recherche d’une nouvelle garenne.
Ainsi commence l’épopée lagomorphement homérique (je vous laisse chercher)

Au vu de l’intrigue on aurait pu s’attendre a un (gros, très gros) roman pour enfant. Que nenni. Les lapins ne sont pas de « gentilles petites bêtes », les intrigues, les questionnements sont relativement complexes. Ainsi nous découvrons tout un univers avec sa propre cosmogonie, ses règles, ses langages… S’il y a certes de l’anthropomorphisme dans les pensées et sentiments de lapins, Richard Adams s’est largement inspiré d’un livre écrit par un naturaliste en ce qui concerne leur comportement.
Nous voilà regardant le monde à travers les yeux et les sensations d’un lapin.  Monde dans lequel les vilous rôdent et qui peuvent rendre nos héros complètement sfar.

Richard Adams nous propose là un grand roman d’aventure, un vrai.
Guillaume Gallienne en fait une très belle lecture ici .

Allez, c’est pas tout ça, mais je vais aller finir mon café dans tasse Peter Rabbit.

Watership Down/ Richard Adams, trad de Pierre Clinquart. Edité par Monsieur Toussaint Louverure. 21.90 €
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« Un livre d’un auteur originaire d’un pays que vous n’avez jamais visité »

« A book by an author from a country you’ve never visited »

Il était une fois... un livre offert par un ami, il y a de cela quelques années. Cet ami-là avait vécu à Haïti pendant un an et demi en tant que salarié pour une ONG, un peu avant le séisme.  Il est revenu avec des images terribles et semblait en avoir fini avec ses illusions sur les « bienfaits » de ces dites ONG. Mais il est aussi revenu avec sa connaissance du créole qu’il avait un peu appris, ses découvertes littéraires, culturelles, ses amitiés liées au cours de son séjour..
Il a pris un immense plaisir à nous faire cadeau du « Gouverneur de la rosée » de Jacques Roumain, un sublime classique de la littérature haïtienne.

Et ce fut ce cadeau-là qui m’amena à m’intéresser à l’histoire d’Haïti et à lire deux de ses « auteurs phares » (et me faisant la promesse d’en découvrir d’autres) et ô combien différents : Dany Lafferière et Lyonel Trouillot.
Je n’ai rien contre le premier, mais ma préférence va nettement au second.
Dans chaque roman, il y a cette sensation d’être avec le narrateur, tout à côté de lui, nous tenant la main, nous faisant découvrir son monde, tel qu’il est.

kannjawou Dans Kannjawou, le narrateur, « le scribe »  décrit la vie de son quartier, quartier populaire, celui de la rue de l’Enterrement.
Il y parle surtout de 5 enfants, dont lui-même, qui devenus adultes s’épuisent dans leur lutte à reconquérir leur île, leur identité, leur pays, leur vie, dans les mêmes combats menés par leurs aîné.es qui eux ont aussi échoué.

«Peut-être n’y a-t-il rien de pire que d’atteindre l’âge adulte dans une ville occupée. Tout ce qu’on fait renvoie à cette réalité. L’amitié a besoin d’un fond de dignité, quelque chose comme une cause commune. Nous avons perdu ce bien commun, toujours virtuel, qui s’appelle l’avenir. Nous sommes dans un présent dont nous ne sommes pas les maîtres. Chaque uniforme, chaque démarche administrative que nous devons entreprendre, chaque bulletin de nouvelles, tout nous rappelle à notre condition de subalternes.» 

Kannjawou est un mot créole signifiant fête, partage. C’est aussi le nom du bar dans lequel les expatriés.es pensent se mêler aux haïtiens.ennes, alors qu’en réalité, ils ne font que perpétuer leur entre-soi, dégoulinant de clichés, prolongeant malgré eux (?) une forme de colonialisme.

Ici pas d’exotisme, pas de reportage réalité : Lyonel Trouillot nous fait vivre grâce à son écriture poétique ce qui habite les personnages.
Et même si la mélancolie qui émane du livre est contagieuse, il est absolument nécessaire de le lire si l’on veut comprendre, un peu, ce qu’est Haïti aujourd’hui.

Kannjawou/Lyonel Trouillot. Actes Sud. 18 €

« Un livre dans lequel on peut pas faire confiance au narrateur »

A book with an unreliable narrator

Il était une fois... un livre qui aurait dû relater l’histoire du théâtre en Estonie pour finalement devenir un court roman étrangement beau, drôle et poétique.
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Et grand bien en a pris l’auteur, Andrus Kivirähk, « le plus fascinant [des] jeunes écrivains estoniens » comme le souligne si modestement sa notice Wikipédia.
Remarquez, je serais bien en peine de vous dire le contraire, mes connaissances en littérature estonienne sont très limitées, alors que pourtant il semblerait y avoir de quoi en faire un reading challenge pour 2018.

Mais revenons-en au livre et à son narrateur
« Et si vous voulez le savoir, je vous ai déjà raconté pas mal de salades depuis le début de cette histoire  »
Ne vous inquiétez pas, je ne vous dévoile rien puisque le spectre de celui qui fut August, le narrateur donc, nous assène cette phrase dès la  page 28.
Au hasard d’une rencontre, August, modeste ouvrier estonien se mue en acteur et intègre la troupe du théâtre de l’Estonia.
La première guerre mondiale est sur le point d’éclater, mais rien ne saurait arrêter la loufoquerie et la créativité de la troupe. Surtout depuis l’arrivée d’Erika, le papillon, celle qui sera le grand amour d’August (non, ne levez pas les yeux au ciel : c’est écrit sur la quatrième de couverture).
Peut-être que si, peut-être que cet étrange et effrayant chien gris qui rôde autour du théâtre fera basculer les choses. Peut-être essaye-t-il d’empêcher le peuple estonien, si prompt à venir voir les pièces, de vivre des instants où la mort et la guerre n’ont plus de prise sur eux.
Alors peut-on en vouloir à August de nous raconter « des salades » ?
Son spectre nous conte une histoire, son histoire, assez tragique, d’une manière douce, mélancolique mais jamais triste.
Tant pis pour les menteries. Tant pis si nous sommes devenus « ridicules » en y croyant un peu. Nous voilà, nous aussi à la place des spectateurs, venus célébrer l’amour, la joie quand le monde réel sombre dans le chaos.
Et puis bon sang, un peu de légèreté ne peut pas faire de mal en ce moment.

Le papillon/ Andrus Kivirähk. Trad par Jean Pascal Ollivery. Ed. Le tripode.

« Un livre qui est sur votre liste des livres à lire depuis trop longtemps »

A book that’s been on your TBR list for way too long..

Il était une fois… Jakob Bronsky, jeune immigré juif, écrivain en devenir. Ce sont les années 50, Broadway, l’ère de l’American Dream… Qui semble ignorer les gens comme Jakob, les immigrés, ceux qui ont fuit le nazisme.
Jakob ne comprend pas l’Amérique dans laquelle il vivote. Ce qu’il comprend lui, c’est qu’il doit impérativement écrire et se soulager, sexuellement parlant. Et qu’entre petits boulots, rendez-vous foireux, rencontre avec des prostituées,  il doit finir les chapitres de son livre témoignage sur sa vie dans le ghetto : « LE BRANLEUR ».

Écrivain dans la misère, sexe à gogo, laissés pour compte, écriture drolatique… on pense immédiatement à Fante et Bukowski et on aurait tort de se priver. Egdar Hilsenrath se situe parfaitement entre les deux .edgar-hilsenrath-fuck-americam20702
D’Hilsenrath, j’avais lu « Le Nazi et le Barbier », livre dans lequel on suit Max, ancien SS qui pour sauver sa peau , se fait passer pour juif.
Sulfureux ? Ah, ça oui. Blindé d’humour noir ? Évidemment. Cela m’avait donné furieusement envie d’en lire d’autres. Et comme j’étais, tiens donc, dans une période Bukowski, c’est forcément « Fuck America » qui m’a fait de l’œil.
Hop, hop, hop, le voilà dans ma liste des livres-à-lire-en-toute-urgence.
Il aura fallu qu’on me mette dans les mains le dernier livre de l’auteur « Le retour au pays de Jossel Wasserman »  avec un « tu me diras ce que tu en penses, parce que tu vas voir, ça n’a rien à voir avec Fuck America«  pour que je me souvienne qu’il fallait absolument que je le lise. Depuis 3 ans.
C’est donc chose faite et ce fut un véritable bonheur. C’est typiquement le genre d’ouvrage dont on se dit « allez, encore une page et j’arrête » et qu’on arrête parce que soit c’est quand même déjà super tard, soit..parce que bêtement on l’a finit.
Le ton est cynique parfois, drôle souvent. On suit le narrateur dans ses souvenirs le plus souvent transformés, inventés. Même si le parcours de Bronsky ressemble furieusement à celui de l’auteur, ce n’est pas une biographie. C’est plutôt.. plutôt.. Ah, difficile à dire. D’ailleurs l’éditeur l’a soigneusement rangé dans la collection « OVNI ».
Voilà ce que cela a dû être à sa sortie, en 1980.
Allez, zou, courrez l’emprunter, courrez l’acheter (il est sorti en poche, également) !

Fuck America (les aveux de Bronsky)/ Edgar Hilsenrath, trad. par  Jörg Stickan. Ed. Tripode

The Reading Challenge 2017

« Et bien nous y voilà.. Le « Reading Challenge » est officiellement lancé et cette année je m’y colle. Et bonne année »
C’est un peu comme cela que j’aurais pu commencer ce blog. Il s’en serait suivi une présentation de mes bons vœux, de mes belles résolutions, de phrases emphatiques sur la littérature, le partage, etc, etc.
Mais comme on est en février, on va faire autrement. Et puis, c’était franchement mauvais comme début.
Alors, alors ?
Il y a des gens qui se donnent un an pour faire des recettes de cuisine et qui en font un blog (voire un film). Je me donne donc un an pour réussir le Reading Challenge 2017, soit un an pour lire des livres qui correspondent à des critères bien particuliers.
Et comme je suis d’un naturel généreux, je me suis décidée à vous faire partager cette aventure. Vous me remercierez plus tard, je vous assure.
En attendant le premier livre, voici les contraintes.. Pour les non-anglophones, je traduirais au fur et à mesure les cases qui auront été cochées…
Allez hop, c’est parti !

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